La révolution orale
Averroès · · 3 261 mots · 16 min · 5 notes
L’une des plus prodigieuses réalisations humaines est l’invention de l’écriture. Elle a tellement révolutionné le devenir de l’Homme que les clercs en matière d’études sur la temporalité en ont fait l’unique ligne de démarcation entre la Préhistoire et l’Histoire. Plus qu’un simple marqueur de la séparation entre ces deux grands pans de la vie humaine sur Terre, c’est un jalon chronologique majestueux qui a façonné notre perception de la naissance de la civilisation. Tant et si bien que c’est presque un abus de langage que d’utiliser le mot “civilisation” pour parler de ces cultures non dotées de système d’écriture. Et pour cause : n’est-ce pas grâce à l’écriture que les différents savoirs ont pu être codifiés, conservés puis transmis, que les échanges commerciaux ont gagné en quantité et en qualité, que les rapports entre nations se sont policés et formalisés, etc. ?
Seulement voilà : l’œuvre civilisatrice de l’écriture peut-elle encore garder le monopole de ces fonctions d’organisation et d’institutionnalisation ? La culture de l’écrit peut-elle toujours se targuer d’être la seule à pouvoir formaliser, codifier, conserver et transmettre ? Avec l’avènement d’Internet, n’assiste-t-on pas à un passage de relais entre une histoire qui est peut-être arrivée à son terme et un monde inédit annonçant de nouvelles promesses ? Ou alors, malgré son aspect révolutionnaire, cette interconnexion massifiée n’est-elle qu’un simple tournant dans l’histoire de la conservation de la pensée, qui introduit -certes- de nouveaux paradigmes dans l’appréciation de l’oralité, mais qui ne saurait modifier profondément les principes fondamentaux de cette tradition millénaire ? C’est pour tenter de répondre à ces différentes apostrophes que la présente réflexion a vu le jour.
Les écrits restent et les paroles ne s’envolent plus
Dans cette perspective, considérons ce qui suit. Le « Verba volant, scripta manent » (« Les écrits restent et les paroles s’envolent ») est cet adage classique qui a longtemps régné en sentence incontestée dans la sagesse populaire pour vanter la prééminence de l’écrit sur l’oral. Et pour cause : si le langage oral est (en théorie) facilement exposé à l’oubli, aux démentis et même aux dénégations catégoriques, une parole sanctionnée par l’écrit a cet avantage indéniable de la tangibilité qui lui permet de jouir du statut de la réalité indubitable.
Mais, à l’heure du prodigieux progrès réalisé dans l’univers des médias et des moyens de communication, la conservation et la diffusion de la parole est devenue une réalité tout aussi incontestable. Avec l’essor de la technicité en matière d’enregistrement et de diffusion de l’image et du son, la possibilité de certifier l’authenticité d’une parole n’est plus à mettre en doute. Il suffit juste de s’assurer de l’absence d’une éventuelle falsification.
Dès lors, si l’oralité ne s’envole plus grâce à cette évolution, si la parole peut être conservée au même titre qu’un écrit, le « Verba volant, scripta manent » peut-il encore continuer à être regardé comme source d’une forme de sagesse ? Car, eu égard à la puissance du réel qui atteste chaque jour davantage du fabuleux progrès des techniques audiovisuelles, il est désormais possible d’affirmer que cette vision des choses est tombée en désuétude.
Pour autant, cela veut-il dire que le statut de l’oralité et celui de la scripturalité sont devenus interchangeables ? Rien n’est moins sûr. Car, à y regarder par-delà le voile des apparences, la concurrence de l’oral vis-à-vis de l’écrit ne s’exerce que de manière relative, en ce sens que son effet est limité à un domaine précis. Pour dire les choses de manière plus ou moins circonstanciée, si la possibilité de conserver l’expression orale est aujourd’hui une réalité indéniable, la force ultime de cette manière d’organiser la pensée et le discours n’en demeure pas moins circonscrite au seul domaine de la preuve. C’est pour établir la certitude qu’un tel a dit telle chose que la conservation de l’oralité offre aujourd’hui une utilité révolutionnaire, dans la mesure où cette garantie n’est plus l’apanage de l’écrit.
Ainsi, considérant les choses sous l’angle de la preuve, l’identification d’un auteur pour un propos donné paraît encore davantage garantie dans le cas de l’oral que dans celui de l’écrit. Car, en dehors de la foi accordée à une signature, comment peut-on savoir avec certitude que tel écrit appartient vraiment à X ou à Y ? Tandis que l’enregistrement authentique d’une image et d’un son n’a point besoin d’une confiance préalable à donner, puisqu’il est objectivement en mesure d’établir cette correspondance entre une parole et son auteur.
Cela étant dit, penser qu’avec cette garantie de la preuve, l’oralité peut supplanter la scripturalité c’est vite aller en besogne. Et pour cause : tous les domaines de la pensée continuent à ne pouvoir être sérieusement organisés que par l’écrit.
Certains écrits sont éternels
Allez exprimer oralement les équations d’un raisonnement mathématique ou d’une théorie physique et vous ne tarderez pas à comprendre que la formalisation des idées dans ce domaine ne peut réellement se faire que par le truchement de l’écrit. On peut toujours, dira-t-on, dicter des formules, prononcer des calculs, verbaliser des algorithmes ou encore épeler des homophones. Certes. Mais, ce faisant, on se contente simplement de traduire par la voix ce qui a été, au préalable, conceptualisé, théorisé et codifié par l’écriture. Car, toutes ces productions intellectuelles sont d’abord formalisées par écrit. C’est donc de l’écrit qu’on verbalise puisqu’on prononce les signes graphiques de sa retranscription. Et d’ailleurs, comment fait-on pour présenter oralement des constructions géométriques, des graphiques, des courbes, des schémas, des cartes mentales, des taxonomies, des tableaux et autres représentations visuelles, par exemple ?
Qu’on le veuille ou non, l’organisation réelle de la pensée et du discours ne saurait faire l’économie de la scripturalité. Ceci est non seulement valable en mathématiques ou en physique, mais cette validité est tout aussi vérifiable dans tous les domaines de l’intellect (la médecine, l’informatique, le droit, les sciences économiques, la sociologie, etc.). Sinon, comment honorer la rigueur de la pensée et apporter de la précision dans le discours sans le pouvoir organisateur de l’écriture ? Si cela pouvait se faire sérieusement par l’oralité, toutes ces cultures qui n’ont pas construit un système d’écriture au cours de leur histoire auraient certainement marqué, à un moment ou à un autre, la civilisation humaine de leur empreinte. Mais, on ne peut malheureusement que déplorer l’absence historique d’une contribution décisive de leur part à l’essor intellectuel de l’humanité.
Au fait, c’est en ce sens que l’invention de l’écriture a révolutionné le devenir de l’Homme et façonné le cours de la civilisation. Des tablettes gravées d’écriture cunéiforme de la civilisation sumérienne aux transcriptions latines, en passant par l’adoption grecque de l’alphabet phénicien, c’est un patrimoine épistémique considérable qui a pu être formalisé d’abord puis transmis ensuite. Justement, sans l’écriture, l’art de transmettre la connaissance et son institutionnalisation à travers des structures ad hoc n’auraient pas pu permettre à cet héritage scientifique de progresser et de s’améliorer. C’est dans des cercles de pensée et dans des centres de formation, où la communication savante est assurée au moyen de la langue écrite, que le savoir a pu être formalisé, codifié, conservé, diffusé et, par la suite, amendé, amélioré et enrichi. Sans l’écriture, le développement des transactions commerciales aurait été obéré par la défiance généralisée que ne manque pas de susciter l’absence de documents formels garantissant la fiabilité des déclarations d’intentions dans les échanges. Inutile d’imaginer les effets néfastes d’une telle situation sur la stabilité des marchés et -surtout- sur le développement économique. Sans l’écriture, les relations diplomatiques et les rapports entre les nations n’auraient pas pu se lénifier et l’absence d’une détente internationale n’aurait pas permis de fédérer des États au sein de structures d’alliance ou de consortiums coopératifs. Est-il besoin de rappeler qu’en l’absence d’un climat de confiance, la conflictualité est toujours prête à supplanter la paix et à dessiner le contour des relations humaines ?
Succès de l’oral sur l’écrit
Cela étant dit, l’oralité est loin d’être disqualifiée. Elle enregistre même un succès insoupçonné. Et, cette heureuse fortune ne se limite pas seulement à la sphère de la preuve, elle fleurit tranquillement dans un univers désormais trivial a priori, puisqu’il fait partie du quotidien des gens: celui de la communication numérique. C’est dans les plateformes de diffusion des contenus multimédias et, accessoirement, dans les réseaux sociaux que se noue maintenant le sort des rapports entre l’écrit et l’oral et se détermine l’issue de leur concurrence sur le plan de la captation des esprits et la conquête des publics. Au demeurant, quand on connaît le pouvoir attractif de l’image et du son, on ne devrait guère s’étonner de la mise au rancart de l’écrit. Combien sont-ils aujourd’hui ceux qui préfèrent lire au lieu de regarder une vidéo YouTube ou Dailymotion ? C’est dire que la lectophobie[1] le dispute allègrement à l’indolence intellectuelle, dans la mesure où la consommation du contenu de ces médias épargne -généralement- à l’esprit tout effort de rigueur cognitive qu’exige la compréhension sérieuse d’un écrit et procure, par là, un moment de divertissement dans un certain confort mental. C’est l’âge d’or de la culture du spectacle.
Tant et si bien que cette situation semble générer un phénomène étrange : tout se passe comme si l’intérêt pour un texte se trouve tributaire des productions orales de son auteur dans les plateformes de communication (classiques ou numériques). La qualité d’un écrit est peut-être même essentiellement appréciée à l’aune des prestations oratoires de l’écrivain. Et l’on dira, à l’occasion, que celui-ci a écrit un livre ou un article intéressant, sans jamais vraiment parvenir à montrer où réside cet intérêt. Dans cet univers de l‘ “à peu près“, on pense que le mot “intéressant” est tellement performatif qu’il suffit de l’énoncer pour que l’existence d’un intérêt soit considérée comme vraie. En d’autres termes, la rigueur de la pensée, la précision dans le propos et le sens de la nuance étant rarement de mise, il est comme un réflexe pavlovien qui consiste à se contenter de la superficialité de la réflexion, des approximations discursives et d’un sentiment diffus pour formuler un jugement intellectuel. Un autre auteur qui écrirait la même chose ou un contenu nettement meilleur passerait inaperçu ou -au mieux- serait mal apprécié, au cas où les circonstances lui auraient permis d’être lu. Son tort ? Son absence chronique des lieux de l’oralité et sa préférence exclusive de l’expression écrite. De toute façon, il n’y a qu’à voir la facilité déconcertante avec laquelle les écrits d’un vidéaste, plus ou moins connu, sont publiés par les grands éditeurs, alors que l’inconnu qui n’a jamais publié la moindre vidéo sur Internet ni enregistré un quelconque passage dans les médias classiques a toutes les peines du monde à trouver un seul éditeur. C’est dire que les critères d’appréciation d’une production de l’esprit ne sont plus vraiment les qualités intrinsèques de l’œuvre ni l’académisme universitaire, mais simplement la rhétorique de la séduction. On n’est plus dans le registre de la conviction par le logos, mais dans celui de la persuasion par le pathos et -surtout- dans le marketing de l’image par l’éthos. Bref, l’artifice communicationnel l’emporte sur la rigueur intellectuelle.
Au vrai, la notoriété semble aujourd’hui davantage reposer sur le débit verbal du discoureur que sur la qualité objective de son discours. Il suffit, pour un producteur de contenu audiovisuel d’avoir une certaine aisance en matière de prise de parole devant public pour exercer un certain charme et gagner en popularité. C’est ainsi que le “un tel parle bien” traduit, parfois, dans la bouche de celui qui l’énonce, une simple fascination par celui qui parle. Sauf dans le cadre professionnel d’une investigation méticuleuse ou d’une étude rigoureuse, qui s’attarde vraiment sur chaque élément d’un discours oral pour en ciseler le contenu sémantique et en décortiquer la valeur épistémologique ? Qui prend soin de vérifier la véracité de tous les dires d’un parleur ? Qui voit l’ensemble des éventuelles contrevérités, aberrations, erreurs de langue, lourdeurs paraphrastiques, pléonasmes, tautologies (pour ne pas dire redondances, ou franchement des répétitions inutiles), paralogismes, sophismes, contradictions et autres incohérences… ? Bref, qui va au-delà du vraisemblable pour saisir le vrai ? L’on se contente, en général, d’une compréhension globale et approximative, tant notre sagacité est happée par l’immédiateté évanescente de la prestation orale et notre clairvoyance diluée dans la réception continue du flux verbal de celui qu’on écoute. Et, l’on finit par imaginer l’existence d’un quelconque intérêt à cette prestation, sans réaliser que cette impression provient de l’attrait exercé sur notre esprit par la personne du causeur, ni s’apercevoir qu’on est simplement séduit par le messager plutôt que par le message. Voilà comment notre faculté de juger se trouve –in fine– souvent influencée par le marketing communicationnel et orientée par la rhétorique de l’éthos.
Limites du succès
Mais, quand on regarde les choses par-delà le voile des artifices communicationnels et du prêt-à-penser des éléments de langage, on s’aperçoit que cette victoire de l’oralité est loin d’être absolue. Pour voir ses limites, rien de tel que cette conversation entre une récipiendaire du prix Goncourt et un académicien. Tout procès d’intention est par définition injuste, mais il n’en demeure pas moins que la production d’un spectacle, même à coloration intellectuelle, est largement plus favorisée par une séquence audiovisuelle que par un échange épistolaire ou livresque. Ceci est un constat et non un jugement. La lectophobie ayant accompli son forfait urbi et orbi, le public aime le spectacle. Et ce n’est pas la lettre qui est en mesure de le lui procurer. On n’y peut rien ; la nature humaine est ainsi faite.
Dans cette rencontre entre Leïla Slimani et Alain Finkielkraut, organisée par l’émission La Grande Librairie de France 5, le 18 mars 2026, il s’agissait, en principe, de débattre de considérations relatives à la francophonie. Et, l’un des moments saillants de l’émission est celui où l’académicien rapporte, en vilipendant son incongruité linguistique, l’expression d’un ministre[2] de l’Éducation nationale qui aurait dit : « Les parents ne comprennent juste rien à comment travailler à la maison »[3]. Il déplorait, ainsi, l’état de déliquescence auquel serait parvenue la langue française, au point qu’il ne serait plus vraiment choquant, laisse-t-il entendre, qu’un ministre de l’Éducation la malmène. Or, il se trouve que son adversaire éristique va elle-même commettre un outrage linguistique en glissant un « par le gré de l’histoire… »[4] dans l’une de ses répliques. Non qu’elle ne sache pas dire « au gré de… », mais l’erreur est facilement attribuable au fait que sa vigilance ait probablement été érodée par son flux verbal. L’obsession de la performance orale aurait vraisemblablement sapé sa circonspection. En revanche, il est difficile de savoir si c’est la déférence de l’académicien vis-à-vis de sa jeune contradictrice qui l’aurait empêché de lui faire la même remarque caustique que celle formulée à l’endroit du ministre. Ou alors, l’absence de tout commentaire condescendant ou acerbe de sa part serait une simple résultante d’un oubli, omission, distraction, étourderie, inadvertance ou d’une négligence, lesquels ne sont rien de moins que des imperfections inhérentes à l’oralité.
Mais le moment le plus insigne reste celui où la jeune femme décrète que « désenchanter la langue c’est désenchanter le monde ».[5] Que veut-elle dire par ce désenchantement de la langue ? De quoi est-elle le nom et comment entend-elle s’incarner cette libération des esprits de ce qu’elle considère comme étant le pouvoir aliénateur du mauvais usage de la langue ? On aimerait donc comprendre, d’abord, comment le “parler mal” aliène et, ensuite, en quoi consiste réellement cette désaliénation par le bon usage linguistique.
Et alors que l’inventeur du concept (désenchantement du monde), le sociologue allemand Max Weber, le définit comme un dépassement des croyances au profit de la rationalité scientifique, cette disqualification de la transcendance et ce recul de l’explication métaphysique du monde n’en sont pas moins arrimés à un déclin axiologique, dans la mesure où cette éviction de la foi génère un vide sidéral particulièrement angoissant par rapport à la problématique du sens du monde et à la question des valeurs (Que met-on à la place de Dieu ?). C’est d’ailleurs cette désillusion, née du remplacement de la transcendance par l’immanence, évoquant la dissolution d’un monde harmonieux, qui fonde la notion de désenchantement. Mais, elle n’est en rien antinomique avec une émancipation des consciences ou avec un éveil anthropologique qui cherche à briser les chaînes de l’obscurantisme, puisqu’elle ouvre en même temps l’horizon positif du progrès socio-culturel, de la sécularisation et de la modernité scientifique. Dès lors, si le désenchantement du monde désaliène par rapport à l’emprise des croyances, de quoi le désenchantement de la langue désaliène-t-il ? Quelle désillusion résulterait d’un bon usage de la langue (eh oui, nolens volens, il en faudrait bien une) ? Et, qu’est-ce qui serait en déclin dans ce cas ? Par conséquent, comment gérer cet inéluctable paradoxe entre un saut qualitatif vers le progrès (le fameux “parler bien” censé épanouir, c’est-à-dire désaliéner) et l’existence d’un désappointement consécutif à la perte de sens et inhérent à la notion de désenchantement ?
Car, même dans l’hypothèse d’une approche métaphorique qu’elle aurait concoctée à la faveur d’un élan d’inspiration à partir du concept développé par le sociologue allemand, où résiderait alors les aspects comparables et les éléments de similitude entre l’idée de ce dernier et la sienne ? Dire que les deux visions permettent la désaliénation des esprits c’est vite aller en besogne, puisque l’on ne voit pas vraiment ce dont on peut se libérer par cette étrange idée du désenchantement de la langue. In fine, de quoi va-t-on s’affranchir en parlant bien ? On aimerait le savoir. Autrement dit, la charge explicative et l’impératif d’une argumentation qui incombent à la promotion de cette trouvaille fantasque sont incontournables pour être pris au sérieux. À cet égard, force est de constater que si le sociologue nous a tout dit, la jeune dame de lettres nous laisse sur notre faim.
En définitive, ce sont là quelques-unes des questions qu’un esprit rigoureux aimerait creuser. Mais, l’on ne peut que déplorer -hélas- la superficialité discursive, l’insoutenable légèreté du propos et cette culture du zapping idéel, qui sont des tares consubstantielles à la précipitation communicationnelle et à l’obsession d’une performance orale. C’est bien beau de vouloir se gargariser de mots ronflants pour impressionner des ilotes incultes, mais encore faut-il être capable d’en saisir la sémantique profonde et de les situer dans un contexte épistémologique cristallin. Parler c’est une chose, convaincre c’en est une autre. À moins de penser qu’il suffit d’afficher une certaine aisance en matière de prise de parole, se contentant de meubler son discours par un flux verbal ininterrompu, en dépit de sa platitude et de sa vacuité, et d’user de stratagèmes communicationnels pour prétendre à la possession d’une culture savante. Au fond, cette conversation entre Mme Slimani et A. Finkielkraut n’est qu’un échantillon représentatif de l’illusoire pertinence d’une oralité prétendument florescente.
Pour conclure
Ainsi, eu égard à tout ce qui précède, si l’on assiste aujourd’hui à une révolution de l’oralité qui se manifeste, sans encombre, dans le domaine de l’administration de la preuve, les imperfections qui l’affectent en général (approximations, imprécisions, le vague, précipitation, généralités, lieux communs…) l’empêcheront toujours de permettre rigoureusement l’organisation des idées, la formalisation des concepts, la codification du savoir et la structuration sérieuse de la pensée. C’est en ce sens que l’oralité ne pourra jamais vraiment rivaliser avec la scripturalité.
Appareil critique — 5 notes
- 1Néologisme désignant le rejet de l’effort de lire.
- 2C’est une femme, mais nous préférons suivre les recommandations du dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, qui présente le mot “ministre” comme étant un substantif masculin.
- 3À partir de 00 : 08 : 52.
- 4À partir de 00 : 19 : 07.
- 5À partir de 00 : 14 : 18.